Comment dire?
Soda.
Citron.
Viande.
Bazwell.
Boute de viarge.
Ah pis non: "Ah ben câââlisse!!!"

À Madrid, ces derniers jours, à peu près toutes les statues étaient habillées du drapeau de l'Espagne. Ça donnait un drôle de genre à Neptune, au milieu de la place Canovas del Castillo. Même affaire avec Cybèle, au milieu de sa place.
En ce dimanche fatidique, tout le monde portait un chandail rouge de l'Espagne ou de l'équipe nationale. Je me suis moi-même laissée prendre au jeu: j'ai aussi porté un chandail rouge, même s'il n'y avait rien dessus. Je me sentais espagnole dans l'âme. Hollandais? Quesséça?
J'étais dans le train, à l'approche de Valencia, quand la partie a commencé. Et comme j'ai dû courir pour faire ma connexion pour prendre mon Cercanias pour Xeraco, je ne me suis pas trop préoccupée du score. Mais vous dire qu'il n'y avait personne dans le train, Renfe (la compagnie de trains espagnole) voyageait sûrement à perte en ce dimanche soir...
À Xeraco, je prends mon char, direction Oliva. Mais j'ai pas la radio dans le char. De toute façon, j'aurais mis ça à quel poste?
Je sors de l'autoroute et au poste de péage, je me suis surpris à demander le pointage au pôôôvre gars obligé de travailler en ce soir de foute dans la cabine de péage. Évidemment, c'était zérozéro. Je me suis surprise à soupirer de soulagement, mais aussi d'inquiétude: le premier qui score va gagner, que je me suis dit. C'est pas une game de basquette, ça. Ça va pas finir 98-72. On s'enlignait pour le 1-0.
J'arrive à la maison. J'ai même pas défait ma valise et j'ai ouvert la télé. Ben oui. Je voulais tellement que l'Espagne gagne!!! Je les aimais, mes Rojas, même si je les connais pas pantoute. Pis là, question de me mettre sur les nerres, ils s'en vont en prolongation. J'ai décidé de défaire ma valise de Madrid parce que j'étais trop énarvée. Ben voyons donc, c'est une game de l'Espagne contre la Hollande... C'est pas le Canadien contre les Nordiques... L'ambiance du pays depuis mercredi passé, depuis que l'équipe est en finale, c'est quelque chose de féérique. Les gens ne parlaient que de ça. Ça ouvrait tous les bulletins de nouvelles, c'était dans tous les journaux... Untel est allé pisser. L'autre a mangé du poulet. Son ancienne femme s'est fait teindre les cheveux. Son grand-père a des troubles de prostate. Son chien, mort il y a 4 ans, s'est déjà cassé une dent en grugeant un nosse.
Et là...
Gooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooolllllllllllllllll !!!!!!
(Ça, c'est le cri du descripteur du match à Telecinco. On est à des années lumières de René Lecavalier et de son scientifique "et c'est le but". Ici, même les descripteurs crient leur joie à la télé... On parle d'émotions, ici.)
Je me suis ramassée sur mon balcon pour écouter Oliva crier à pleins poumons. J'étais vraiment contente.
Bon, j'ai pas trop compris pourquoi, en prolongation, quand une équipe compte, on continue à jouer pendant je-ne-sais-pas-trop combien de minutes, mais un moment donné, l'arbitre a décidé que c'était assez (j'imagine qu'il y a une règle...). Pis là, fiesta!!!!
Dans mon village, des feux d'artifices, des klaxons, des cris, des chants... Pis dans les villages d'à côté, même affaire. Je pouvais voir les feux d'artifices des autres villages étant donné qu'on est dans une baie de la Méditerranée. Tout le monde convergeait vers le centre de mon village pour aller fêter. J'ai presque voulu y aller, mais la chienne m'a pris. Je suis un peu claustrophobe, vous savez. Je suis donc restée sur mon balcon a écouter la foule en liesse et à regarder distraitement la télé alors qu'on remettait les médailles et le trophée. Fait dur, d'ailleurs, le trophée. Une tite affaire de rien... Rien à voir avec la grosse coupe Stanley que tous les joueurs embrassent. Non, on parle d'un ti-trophée d'à peu près un pied de haut... Les images de la télé parvenait de tous les coins de l'Espagne, notamment de Madrid où, quelques heures avant, on sentait la fébrilité. Le Neptune et la Cybèle (qui sont à 500 mètres de distance, séparés par un immense boulevard à 6 voies) étaient envahis de monde. Partout, partout. Comme j'avais ces places-là fraichement dans ma tête, je pouvais voir l'étendue du monde... Féérique, je vous dis.
Les klaxons se sont poursuivis jusque tard dans la nuit et la fête aussi, je suppose. Ça me faisait penser en 1993, quand le Canadien a gagné sa coupe Stanley. J'étais revenue de France pour quelques jours et c'est pendant ce temps-là que le Canadien avait décidé de gagner la coupe. J'avais la voiture de mon père ce soir-là et j'étais allée souper avec Michel, un ancien beau-frère. Pis en sortant de chez lui, on entendait des klaxons à la grandeur de la ville de Montréal. Je n'avais pas pu résister à appuyer sur le criard moi aussi, participant à la liesse populaire.
En ce soir espagnol, si j'avais été en voiture, j'aurais klaxonné moi aussi.
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