Je
vais être claire dès le départ : la chaleur empêche de visiter. C’est
difficile de trainer quelque carcasse que ce soit quand il fait 40
degrés. On a beau marcher plus lentement (c’est inévitable), boire
beaucoup d’eau sans pisser, raser les murs qui sont un peu à l’ombre,
reste que c’est épuisant. Alors, je suis rentrée à l’hôtel à tous les
après-midis pour faire la sieste. Même une visite au musée du Prado ne
m’a pas assez refroidie…J’ai vu toutes sortes d’affaires, plus intéressantes les unes que les autres. C’est ça qui arrive quand on visite une ville qu’on connaissait pas : c’est souvent impressionnant. Remarquez qu’il y a des villes laides dans le monde, j’en ai vu quelques-unes. Mais une belle, ça rend les visites encore plus émouvantes. Parce que vous me connaissez: je suis tout à fait capable d’émotions.
J’ai créché sur la plaza Santa Ana, dans un hôtel tout à fait agréable, recommandé par Guillermo, mon échangiste. En plein cœur du vieux Madrid et près de tout… Ça fait touriste et je m’assume. Je m’assume tellement que j’ai fait les deux circuits d’autobus touristiques à deux étages, sur l’étage du haut (en plein soleil… mais il était 19h, c’était déjà un peu plus supportable, il faisait 35). Presque deux heures à me faire raconter Madrid par une voix espagnole avec un accent français. Tordant. J’ai donc vu les «deux» Madrid. Le vieux et le neuf. Le neuf est aussi impressionnant : on a moins tendance à aller voir des édifices récents parce que ça n’a pas d’histoire, mais ça peut être super beau, un édifice récent. Y’en a un, d’ailleurs, qui est penché (un peu comme la tour du stade à Mourial). Vraiment super fluide. Des lignes très harmonieuses. C’est quand même dans ce temps-là que je me sens madridaise : j’aime autant le neuf que le vieux, pour différentes raisons.
Je me suis promenée en métro, en ayant l’air d’une madridoise… c’est-à-dire en ayant l’air de connaître ça. J’ai dû bien jouer mon rôle parce qu’un couple m’a demandé son chemin… en anglais. Et j’ai pu les aider! C’est pas vraiment que j’ai l’air d’une espagnole, je pense.
J’ai visité le musée du Prado, espérant y trouver un peu de climatisation. Il y en avait, mais pas tant que ça. J’ai vu la vraie peinture que je montre aux étudiants quand je fais le roman Au bonheur des ogres de Pennac : Saturne dévorant un de ses enfants, de Francisco de Goya., J’aurais bien aimé être une vraie madrideuse et habiter le Palacio Real : c’est comme rien, le Roi, y pourrait bien me faire une place, il y a 1800 chambres dans son palais qui ne sont pas utilisées…
Ah oui : un moment étrange… Je vous le rappelle, il faisait à peu près 40. Et j’ai croisé une femme voilée de noir de la tête aux pieds. Y’a vraiment des choses qui m’échappent en ce bas monde.
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